jeudi 13 septembre 2012

Discours remarquable, du Secrétaire d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées



Gérald Oriol Junior, le Secrétaire d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées, dans un discours remarquable, à fait une vibrante plaidoirie en faveur de la présence des personnes à besoins spéciaux dans les entreprises, dans le cadre d’une causerie avec le secteur privé, organisée en début de semaine.

Discours du Secrétaire d’État Gérald Oriol Jr. :
« Monsieur le Représentant du Ministre du Commerce,
Monsieur le Président du conseil d’administration de la CCIH,
Chers membres du secteur des affaires,
Distingués invités,
Chers amis,

C’est avec regret que je dois le dire : Nous perdons notre temps ! Nous perdons notre temps !

Comment en effet voulez-vous rapprocher les entrepreneurs, engagés à se battre pour des résultats, de la production, de l’efficacité et du profit, et des personnes diminuées, faisant face depuis leur naissance, depuis leur accident de voiture ou depuis l’effondrement de leur maison à un arrêt de leur efficacité, à une régression de leur capacité à produire, à profiter et à faire profiter les autres ?

Nous sommes au moment où tout le monde s’accorde à ce qu’on doit aider Haïti à décoller, et nous venons ici parler des boulets de notre société !

Alors que faire ? Rentrer chez nous et nous dire que, décidément, rien ne sert d’attendre les boiteux, puisqu’il nous faut courir, ou plutôt nous asseoir et étudier ensemble la situation pour voir si nous n’aurions pas raison de nous retrouver ensemble, paradoxalement, militants de la cause des personnes handicapées, et hommes ou femmes d’affaires !

Comme souvent, le paradoxe nous conduit à approfondir une problématique en sortant des sentiers battus.

Le handicap revêt en Haïti une dimension particulière. En un sens, les personnes handicapées sont souvent exclues, rendues invisibles aux yeux de la société, souvent par leur propre famille. Dans un autre sens, elles sont plus visibles, moins aidées mais plus batailleuses qu’ailleurs peut-être. Par ailleurs, alors que le monde des affaires est dans beaucoup de pays une sphère presque impersonnelle, en Haïti, notre vie insulaire, les recoupements des familles, l’histoire commune récente, tout pousse à ce que la problématique du handicap, à laquelle n’échappe pas la classe industrielle et commerciale, soit moins cachée, moins taboue que dans certains pays et ce sans même le besoin de la loi.

Pourtant, malgré ces singularités de notre société, les personnes handicapées rencontrent le plus souvent des difficultés insurmontables pour trouver un emploi. Il faut dire qu’une entreprise doit sans cesse affronter les obstacles que dressent devant elle les concurrents, les flux internationaux, les aléas politiques, climatiques ou économiques. Elle ne va donc pas de gaieté de cœur introduire en son sein une personne dont le handicap est logiquement perçu comme un obstacle à l’efficacité.

Penchons-nous donc sur cette évidence logique : le handicap de la personne est un handicap pour l’entreprise. J’évoquerai brièvement quatre points.

A vue de nez, c’est indiscutable. Pourtant, une entreprise n’est pas une somme arithmétique de passif et d’actif. Dans ses ressources humaines, elle est un tout dynamique, un organisme vivant qui dépasse la somme des parties et dont les parties peuvent jouer un rôle plus grand que celui d’un rouage dont la force transmise est quantifiable. Négativement, voyez comment le découragement ou l’inquiétude peuvent miner des résultats ; remarquez le poids d’un bon superviseur dans la motivation de son équipe ; songez combien un mauvais coucheur peut nuire à la dynamique de groupe. Dans cette conception de l’entreprise comme un ensemble dynamique, la place de la personne handicapée change. En effet, là où une personne handicapée apporte des contraintes (mobilité, fatigabilité, protection, rapidité…) elle apporte aussi des richesses. Les ressources que valent des années d’efforts sur soi, de courage envers l’adversité en général et envers le regard des autres en particulier ; la richesse que constituent le courage, la patience, la persévérance et la compréhension sans lesquelles la personne handicapée n’aurait pas tenu. L’ingéniosité souvent pour débrouiller des situations inextricables, pour tout dire, une capacité unique d’innovation !

Au sein de l’entreprise, la personne handicapée peut donc tout à fait se trouver du côté ‘actifs’ du bilan !

Un autre domaine dans lequel la personne handicapée présente une plus-value : Nombre d’entreprises souffrent d’une hémorragie continue de leurs ressources humaines : à peine avons-nous formé quelqu’un pour le porter au niveau d’efficacité requis qu’il part et passe à la concurrence, aux ONG, ou à l’étranger ! Une personne handicapée a d’ordinaire moins tendance à quitter son emploi, encore moins si elle s’y sent accueillie. La rétention des ressources humaines compétentes est une clef.

Un troisième point qui ne doit pas être négligé : Nos chefs d’entreprises sont souvent préoccupés du social et du progrès d’Haïti en ce domaine. Un autre élément positif donc de l’emploi de personnes handicapées est l’introduction d’un changement bénéfique pour la société haïtienne dans son ensemble.

Enfin, il faut le dire crument, la personne handicapée vit souvent avec et par sa famille. Elle exerce donc en retour un poids important au sein du cercle familial. Une entreprise employant une personne handicapée obtient presque nécessairement la clientèle de la famille de l’employé. Cela n’est pas négligeable sur le marché local. Mais sur le marché international, la possibilité de montrer qu’elle est un employeur « éthique » peut accorder à une entreprise meilleure réputation qu’une campagne publicitaire.

Si ces quatre points tendent à réduire notre paradoxe, il me faut en ajouter un cinquième. Que ce soit comme employés, comme clients, comme associés ou comme partenaires, les personnes handicapées attendent des entreprises haïtiennes la poursuite des efforts commencés par certaines en matière d’accessibilité. Il suffit parfois seulement d’inclure cette préoccupation lors de la conception des espaces. Il faut parfois les aménager après coup. Dans tous les cas, l’investissement n’est pas vain car le temps gagné par les personnes ayant besoin de dispositions d’accessibilité spéciales profite à l’entreprise : le client est mieux servi, entre plus vite, est plus satisfait, repart sans effort avec ses marchandises ou son contrat ! Idem pour les employés. En prime : une meilleure image pour l’entreprise.

A la lueur de ces brèves considérations, j’invite donc les personnes ici présentes à voir de plus près comment diminuer les obstacles existant à l’emploi des personnes handicapées et à l’accès aux bâtiments privés ouverts au public.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite un fructueux travail. »

Gérald Oriol Jr.
Secrétaire d'Etat
Bureau du Secrétaire d'Etat à l'Intégration des Personnes Handicapées (BSEIPH)


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LE POUVOIR POLITIQUE SELON MAX WEBER

Le pouvoir politique selon Max Weber Le pouvoir politique, c'est la domination exercée par une personne ou un groupe de personnes dans une société, dans le but d'organiser celle-ci. La cohérence d'un projet politique est assurée par un pouvoir politique qui mène cette action. Ce contrôle peut être fait à l'encontre de la volonté populaire (dictature) ou au nom du peuple, c'est à dire par et pour le peuple (démocratie). A ce niveau, il est questions de systèmes et de régimes politiques, qui méritent deux fiches supplémentaires! Il faut commencer par définir ce pouvoir politique, puis voir quelles formes il peut prendre. On parlera alors ici de régimes et de systèmes (tout de même), mais aussi de domination, de portées anthropologiques, historiques, culturelles, philosophiques... Pour constater, en conclusion, les choses n'ont pas tant évolué ces derniers siècles... Avec, encore une fois, un rapport à l'actualité. Définition La plus utile, et la plus célèbre, c'est celle qu'a énoncée Max Weber dans Le Savant et le Politique (1919) : "Le pouvoir politique, c'est le monopole de la violence légitime". Retenir cela, c'est déjà posséder l'essentiel en la matière... Il s'agit désormais de comprendre ce que cela implique concrètement. La violence légitime, c'est la violence qui est reconnue par tous comme légitime, c'est à dire nécessaire au bon fonctionnement de la communauté. S'il n'y avait pas de violence dite "légitime", n'importe qui pourrait se faire justice soi-même et la loi du plus fort, ou encore du "chacun pour soi" règnerait. Par "violence", il ne s'agit pas que d'aggression physique, mais aussi et surtout de violence symbolique (exemple : un redressement fiscal ne se règle pas avec des coups de bâton...). Hobbes dit que "L'Homme est un loup pour l'Homme" : Le pouvoir politique permet de distribuer plus ou moins équitablement les droits et devoirs entre les citoyens. Et cela passe par l'acceptation collective d'une autorité qui exerce cette violence légitime, c'est à dire cette possibilité de fixer des limites à ceux qui dépassent les règles et empiètent sur la liberté d'autrui ("la liberté de chacun s'arrête là où commence celle d'autrui"...). Chez hobbes, la société organisée est une nécessité pour échapper à un état de nature qui n'engendre que la guerre. Chez Rousseau, ce "contrat social" est un compromis, une régulation entre l'aspect fondamentalement social de l'Homme et sa nature qui, ici, est pensée comme fondamentalement bonne. Donc, l'armée, la police, la justice, sont des instruments de cette "violence légitime", qui permet d'empêcher ou de punir les cas de violence individuelle (interdire de se faire justice soi-même, c'est lutter contre la Loi du plus fort). Mais ils doivent être utilisés dans un cadre juridique, sans quoi ils deviennent, également, illégitimes. Ainsi, ce pouvoir implique, naturellement, qu'un policier qui fait un usage abusif de son arme soit puni. Tout pouvoir qui ne possède pas de contre-pouvoirs est dit "absolu". La violence légitime est une notion positive, qui doit sans cesse (surtout en démocratie) se remettre en question. Bref, une fois que quelqu'un a le pouvoir de taper, on l'écoute... Donc, le pouvoir politique, qui exerce cette domination légitime, est à même de structurer la société, pour le meilleur comme pour le pire. Pour définir ce qu'est la violence illégitime (celle qui doit être combattue pour assurer le respect des droits et devoirs des citoyens), il est important que les bases du pouvoir reposent sur des Lois, sur une juridiction. Le pouvoir politique peut s'exercer de plusieurs manières... Il faut, dès ici, faire la différence entre trois concepts fondamentaux: les types de domination, les sytèmes politiques, et enfin les régimes politiques... ce sont trois facteurs qui peuvent être cumulés entre eux... Les 3 types de domination politique Encore un formidable éclairage que l'on doit à Max Weber... Trois types: - la domination traditionnelle : le chef est chef en raison de ses ascendances divines, de ses pouvoirs mystiques, de son lien avec l'au-delà... Ex : Selon les sociétés, - tribus d'Amazonie : le chaman est, souvent, le chef du village - Egypte Antique : le pharaon est aussi un demi-dieu... - Royaumes européens : le roi possède une légitimité divine, souvent renforcée par des pouvoirs spécifiques (comme ce fut le cas pour les Rois Thaumaturges) Bref, la domination traditionnelle, c'est la fusion originelle de l'occulte et du politique. Celui qui, dans le groupe, peut revendiquer un lien quelqconque avec l'au-delà, se trouve en mesure de revendiquer le pouvoir politique... traditionnel peut-être mais efficace. - la domination charismatique : c'est le "niveau 2" du pouvoir politique : en raison de son comportement héroïque, de son charisme, de l'admiration irrationnelle qu'un être suscite, celui-ci est considéré comme le chef naturel, spontanément plébiscité... Une survivance moderne de cette domination est le moteur du mythe de l'"homme providentiel" (ou de la femme, bien sûr), encore vivace sous notre Vème République. Exemples concrets : - Attila est le meilleur guerrier des Huns? C'est donc le chef des Huns... - Périclès est le meilleur gestionnaire, tacticien, guerrier, orateur et économiste de la Grèce Antique? Il impressionne même les plus fervents partisants de l'aristocratie? Aucun doute, c'est lui qu'il faut à Athènes... - Plus récent, en France... et beaucoup moins glorieux au regard de l'Histoire : Pétain est un héros de 1914? Alors on espère qu'il va nous sauver en 1940... Comme quoi... Et enfin, le type de domination le plus avancé, le plus moderne, le plus... souhaitable : - la domination légale-rationnelle : là, c'est simple, on prend plus compétent, celui qui est à même de gouverner le pays non pas parce qu'il impressionne, mais juste parce qu'il fait bien son travail... - Euh... Roosevelt aux Etats-Unis, Blair en Grande-Bretagne, Churchill, Giscard (qui n'avait pas un super charisme non plus...). Bref, c'est moderne, c'est administratif, ça fait moins rêver mais c'est plus efficace et souvent bien moins violent. Limites Il faut bien garder en tête que ce sont des exemples absolus, et qu'on peut tout à fait combiner les trois... Je cite un exemple ou deux, tout bêtement, pour confirmer que les dispositifs ici évoqués sont encore bien ancrés... - Nicolas Sarkozy dans la campagne présidentielle : Cela fait trois ans qu'on le présente un peu partout comme l'homme de la situation, comme celui que la France attend... Bref, on fait encore une fois appel au "mythe de l'Homme Providentiel". Depuis Napoléon Bonaparte, ce mécanisme caractérise la France ; plutôt que de croire en la force collective et rationnelle, on va chercher à trouver un sauveur (Napoléon, De Gaulle, Pétain, et sûrement, maintenant, Sarkozy, sauf si son bilan est catastrophique). de manière voulue ou non, Nicolas Sarkozy, aujourd'hui investi, porte ces éléments de domination charismatique, que la "monarchie présidentielle" de notre Vème République facilite par sa structure. Bien sûr, N. Sarkozy a été élu sur un programme... Pas la peine d'en rajouter, il y a aussi et surtout de la domination légale-rationelle dans notre système. Et pour ne pas faire de jaloux... - Ségolène Royal dans la campagne présidentielle : A l'heure du marketing politique et du contrôle des symboles, on peut se demander si l'utilisation de l'imagerie populaire religieuse ou, au moins, mythique, ne tient pas des traits d ela domination traditionnelle... Quand on s'habille en blanc sur proposition des conseillers en communication pour rappeler la Vierge Marie, symbole de la protection par excellence, quand on se présente et que l'on se fait présenter comme l'image la plus proche de "Marianne", ne peut-on pas considérer qu'il s'agit de ce ressort? Surtout que, comme Nicolas Sarkozy, elle aussi s'est dite "habitée" par sa mission. Se sentir "élu(e)" avant les échéances, faire référence au divin, comme pouvait le faire auparavant François Bayrou, tient peut-être encore de cette forme première de domination politique. Heureusement, le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal est un exemple clair de légal-rationnel. Or elle aussi succomba à la volonté d'incarner la "Femme Providentielle". cette persistance du charismatique est, sous cette forme, une particularité qui, parmi les pays occidentaux, semble toute française. On pourrait passer en revue les autres candidats de 2007, mais je pense que les exemples sont clairs et que chacun pourra trouver quelle est, par exemple, la part d'"Homme Providentiel" exploitée chez José Bové, Jean-Marie Le Pen, François Bayrou ou encore Nicolas Hulot s'il s'était présenté... Voici donc une présentation non exhaustive du pouvoir politique et de sa définition par Max Weber, qui fait loi en la matière. Un petit résumé : Définition principale : Le pouvoir politique, c'est le monopole de la violence légitime (Max Weber). Car c'est seulement si le pouvoir d'état est respecté que la société peut s'organiser autour d'un point unanimement reconnu, et donc avancer, se structurer. Ce même Max Weber énonce trois types de dominations : - Traditionnelle - Charismatique - Légale-rationnelle ---> Ces trois types peuvent se combiner, même s'ils sont ordonnés du plus archaïque au plus moderne et souhaitable. Or l'Homme n'est pas encore prêt à se contenter de domination légale-rationnelle... qui nécessiterait d'abandonner la passion et l'irrationnel en politique...